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Marie-Virginie DELORME

« A l’occasion de la création des Trois petites Liturgies, Messiaen avait remis à Denise Tual, organisatrice du concert, un texte de présentation de l’œuvre, dans lequel il avait écrit à propos du second mouvement "C’est une séquence, c’est à dire une chanson d’allure populaire et triomphale, semblable aux chants joyeux des premiers chrétiens. Le chœur y répète constamment le même refrain avec de nombreuses variantes d’harmonie, de rythme et d’orchestration". Dans Technique de mon langage musical, la séquence est classée parmi les formes plain-chantesques et sa définition contient une idée structurelle "Chaque période y est entendue deux fois, soit consécutivement, soit alternativement ; toutes terminent sur la même finale". Nous verrons comment ces critères de bases servent de socle à la construction du mouvement : par exemple, chaque phrase du thème vocal est répétée strictement deux fois (parfois une troisième amplifiée), et la polarité sur la note mi,  ultime point de départ et de retour, n’est pas sans évoquer  primes et  finales grégoriennes.

L’effectif instrumental réclame un chœur de voix de femmes à l’unisson (9 pour la création, 18, puis finalement 36 voix), piano solo, ondes Martenot solo,  orchestre sans vents comprenant 3 percussions (maracas, cymbale chinoise et tam-tam), vibraphone, célesta, 42 cordes (16 pour la création) dont 8 premiers violons, 8 seconds violons, 6 altos, 6 violoncelles et 4 contrebasses. De la structure traditionnelle de l’orchestre, il ne conserve donc que le quintette à cordes. C’est aussi la première œuvre qui met réellement  l’onde  en valeur, en tant que  soliste, et en exploitant pour la première fois son timbre métallique. P. Mari précise que : "Des danses de Bali auxquelles il a assisté quatorze ans auparavant, il se rappelle la couleur instrumentale qui détermine, ici, le choix des timbres orientaux". Dans le texte de présentation de l’œuvre remis à Denise Tual, Messiaen affirme : "La composition instrumentale est aussi inhabituelle que le reste. (…) Ce n’est pas de l’orchestre de chambre, et encore moins du grand orchestre groupé à la façon classique, c’est plutôt une instrumentation hindoue ou balinaise européanisée". Le vibraphone et le célesta évoquent donc les sonorités exotiques du gamelang de Bali et de Java. Nous verrons que Messiaen exploite le procédé de l’hétérophonie, typique de ce style musical. Il s’agit d’une superposition de lignes perçues comme identiques, chaque instrument suivant sa démarche propre : ils n’utilisent pas les mêmes ornements ni tout à fait la même conduite mélodique. Une simple doublure d’octave, monnayée et agrémentée de gruppetti, comme on le voit au début de la partition, permet d’enrichir la ligne vocale en faisant entendre simultanément une seule mélodie sous différentes formes. »

Séquence du Verbe, cantique Divin, extrait des Trois petites liturgies de la Présence Divine [de Messiaen] : un autre thème et variations ? 

Mémoire d'analyse, 55 pages, 2004